Atelier anti-sexisme

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L’usagère.
J’aime bien venir à l’usine. Elle a cette aura d’alternative, que je trouverai pas forcément ailleurs.
C’est dur des fois, de sortir en soirée pour une meuf. Des remarques, des regards, des gestes que je considère comme hyper déplacés, et parfois j’ai de la peine à faire comprendre ce sentiment d’agression aux gens qui m’entourent.
« Non mais il est sympa en fait, il veut juste faire connaissance… »
« Moi ça me fait rire mais c’est parce que je sais rire de tout… »
À l’Usine, même dans une salle pleine de relous, je sais que je vais trouver une ou deux personnes dans la salle ou dans le staff pour me soutenir si besoin.
Mais est ce que je me fais virer si je frappe un mec qui m’a pelotée ? Est ce que je dois surveiller mon verre et me méfier des inconnus alors que j’aimerais me considérer en sécurité dans un lieu en lutte contre les dominations ? Est ce que c’est utopique d’attendre d’un lieu culturel autogéré qu’il réponde à ces questions collectivement ?

L’usinienne :
Je fais le bar samedi prochain. Ça va être cool, il y a un bon groupe. J’espère juste qu’on me laissera tranquille, que mes pauses clopes seront autre chose qu’un sas de décompression entre une demande de numéro, une insulte sexiste et des commentaires sur mon physique. La semaine dernière, un mec a même passé sa soirée au bar à me fixer, j’ai pas pu m’empêcher d’avoir peur, et ça m’énerve.
Il y a vraiment des tarés. Ou peut être pas, c’est peut-être juste des mecs banals, que leurs collègues estiment… Peut-être même qu’ils sont militants de gauche.
J’ai l’impression qu’en parler aux autres, c’est comme un aveu de faiblesse, qu’ils voient pas où est le problème. « T’as qu’à appeler les sécus si t’as un souci! » Souvent je gère très bien toute seule, mais un peu de soutien ça fait pas de mal. J’aurais aimé trouver quelqu’un.e pour en parler ouvertement, trouver des solutions.
Mais la semaine prochaine on suit un workshop antisexiste, du coup j’espère qu’on trouvera le courage de briser le silence, ça serait déjà un bon début. Parce qu’au fond, je dois pas être la seule à qui ça arrive, non ?

L’usinien:
Je travaille à l’Usine depuis un moment et c’est seulement maintenant que je me rends compte que certains comportements qui paraissent banals sont vécus comme des agressions par certaines meufs. J’ai l’impression que les autres mecs s’en rendent pas compte. J’en ai marre de toute cette violence mais je réalise que moi aussi j’y participe, que c’est dur d’y échapper. J’aimerais bien en parler, mais je crois tout le monde s’en fout.
Une pote a poussé une gueulante sur un client l’autre soir, quelqu’un l’a traitée d’hystérique. Je sais pas trop comment la soutenir, j’ai pas envie de m’imposer… Je devrais peut être juste lui demander son avis ?

Durant ce mois de mai a eu lieu le premier atelier de sensibilisation aux violences sexuelles, pour créer un environnement où chacunE se sent en sécurité et légitime de réagir face à des agressions sexistes. Des personnes à l’interne et à l’externe s’impliquent, des réflexions se poursuivent, des solutions collectives et des outils sont entrain d’émerger. On brise le silence. L’Usine ne peut pas tolérer que des propos et comportements oppressifs et violents, aient lieu dans ses murs. Nous luttons contre une société où perdurent des systèmes d’oppression et nous devons revenir sur nos valeurs, nos pratiques.